Les surprenantes propriétés de la mousse végétale
Article de Frédérique Boursicot
Ces végétaux ont investi tous les milieux, des forêts aux murets de nos jardins. Sous des allures champêtres, ils cachent des propriétés surprenantes.
Descendantes des
algues vertes,
les mousses sont parmi les premières lignées de
plantes à avoir conquis la terre ferme. En s’accrochant aux roches, les
bryophytes, dépourvues de racines, ont réussi à se développer. Elles captent l’eau et les nutriments directement à partir de l’air, au lieu de les puiser dans le sol. En recouvrant peu à peu les continents, elles ont permis l’épanouissement de nombreux autres végétaux et de la biodiversité animale. On en dénombre aujourd’hui quelque
25 000 variétés. Extrêmement
résistantes à la sécheresse, aux toxiques et même à la
radioactivité (on les étudie à
Fukushima), ces plantes font partie de celles
capables de recoloniser rapidement un milieu abîmé, comme un champ de
lave refroidi. Certaines parviennent à se déshydrater quand les conditions ne sont plus favorables (températures extrêmes, manque d’eau) et à stopper presque totalement leur métabolisme en attendant le retour de jours plus cléments. Des mousses récoltées en Antarctique ont été ramenées à la vie après avoir passé mille cinq cents ans dans la glace !
Le désert fleuri d’Atacama 1/2
©abriendomundo - iStockPhoto.com
S’il pleut ne serait-ce que quelques jours au mois de mai, événement rarissime dans cette région hyper-aride des Andes à la frontière du Chili et du Pérou, on observe alors, entre septembre et novembre (au printemps dans l’hémisphère sud), un phénomène de "superbloom" ou floraison simultanée.
Le désert fleuri d’Atacama 2/2
©Javier Rubilar/Wikimedia Commons
Des fleurs sauvages, dont les graines sont restées dormantes dans le sol desséché, germent sous l’effet de l’humidité et fleurissent toutes au même moment, couvrant le désert le plus sec du monde de multiples couleurs.
La "cascade de feu" du parc national de Yosemite 1/2
©Abhijit Choudhury / Getty Images
C’est la lumière du soleil qui enflamme la chute d’eau Horsetail, dans le parc de Yosemite, en Californie !
La "cascade de feu" du parc national de Yosemite 2/2
©Ted Wakabayashi/Wikimedia Commons
Le phénomène ne s’observe qu’autour de la mi-février, lorsque les rayons du couchant éclairent précisément le haut de la cascade.
Le lac Grüner See en Autriche 1/2
©Martin Toedtling/Wikimedia Commons
Ce lac émeraude du massif du Hochschwab, dans les Alpes autrichiennes, ne se forme que quelques semaines par an, entre mai et juin, lorsque la fonte des neiges est la plus intense.
Le lac Grüner See en Autriche 2/2
©TauchSport_Steininger/Wikimedia Commons
Habituellement parcourus à pied, les sentiers de randonnée de ce parc naturel, ainsi que ses ponts, ses arbres, ses bancs se retrouvent alors sous l’eau, jusqu’à ce que ce lac temporaire se vide naturellement.
La banquise du lac Baïkal en Sibérie 1/2
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En novembre, au début de la saison froide, le gel saisit les eaux du Baïkal et fracture sa première et fine banquise. La houle peut alors créer des enchevêtrements de plaques de glace.
La banquise du lac Baïkal en Sibérie 2/2
©Discoverynn/Wikimedia Commons
Lorsque le froid s’intensifie en janvier, le Baïkal se fige totalement pour l’hiver sous plus d’un mètre de banquise lisse.
Les marées de la baie de Somme 1/2
©OT Cayeux-sur-Mer/Wikimedia Commons
Le phénomène des marées est complexe, car de nombreux paramètres tels que le relief sous-marin, la rotation de la Terre, la position du Soleil influencent le rythme (deux fois par jour dans la Somme, mais une seule fois en Alaska !) et la hauteur des marées, qui façonnent le paysage changeant de l’estran, cette zone soumise au reflux des flots.
Les forêts du Québec 1/2
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À l’automne, les feuillus du Québec ralentissent leur métabolisme face à la chute des températures et de la lumière. Les feuilles deviennent dorées pour le bouleau, jaunes pour le saule, rouges-orangés pour l’érable, emblème du Canada.
Les forêts du Québec 2/2
©Gabriel Picard/Wikimedia Commons
Les feuillus détruisent progressivement la chlorophylle, pigment vert qui permet la photosynthèse dans les feuilles. D’autres pigments sous-jacents apparaissent alors : l’orangé des carotènes, le jaune des xanthophylles.
Les dunes enneigées du Sahara 1/2
©Geoff Robinson Photography/REX/Shutterstock/SIPA
Ces dix dernières années, à cinq reprises, dont la plus récente en janvier 2022, la concomitance de températures basses au cours de la nuit et d’un air humide ont vu la neige tomber sur le Sahara.
Les dunes enneigées du Sahara 2/2
©tonynetone/flickr
Ces chutes concernent généralement davantage la périphérie de ce désert, notamment la région montagneuse de l’Atlas algérien, plus humide que le centre aride du Sahara.
Les sphaignes, de vraies éponges
Dans les tourbières, les sphaignes s’accumulent d’année en année, atteignant parfois plusieurs mètres d’épaisseur. Ces variétés de mousse peuvent retenir jusqu’à 40 fois leur poids en eau, une capacité hors norme qui permet de réguler le niveau des eaux dans le sol et de limiter ainsi les risques d’inondation.
La Polytrichum commune, fécondation grâce au sporogone
Les gamètes des plants mâles profitent de la pluie pour nager jusqu’aux organes reproducteurs des plants femelles voisins. Après la fécondation, une "tige" émerge, le sporogone. À maturité, la capsule située à son extrémité s’ouvre et libère ses spores, qui seront emportées par le vent. La plupart des espèces sont également capables de se multiplier par fragmentation, c’est-à-dire par séparation d’une partie de la plante, une sorte de bouturage naturel.
Capsules de polytric perce-mousse (Polytrichum commune) en Auvergne. Marie-Lan Nguyen/Wikimedia Commons
Saiho-ji, le temple des mousses
Au Japon, loin de déranger les jardiniers, les mousses sont au contraire au cœur de toutes leurs attentions. Au temple de Saiho-Ji, près de Kyoto, des moines bouddhistes les ont laissées envahir le jardin au XIXe siècle. Ils entretiennent depuis les 120 variétés hébergées et débarrassent, à la main, touffes et tapis de la moindre brindille.
Le temple de Saiho-Ji possède 120 espèces de mousses différentes. Ivanoff~commonswiki/Wikimedia Commons
Syntrichia ruraliformis, la mousse en étoile
Syntrichia ruraliformis, espèce brune par temps sec, déploie ses rosettes en étoile (aux airs de badiane) dès que le temps est humide. Une simple pression de pulvérisateur suffit ! Ce phénomène est appelé "reviviscence".
Syntrichia ruraliformis. HermannSchachner/Wikimedia Commons
La mousse cactus, une espèce envahissante
Ces mini-épis de blé parviennent à atteindre la taille respectable – pour une
mousse – de 8 centimètres. Originaire des régions subantarctiques, l'espèce a tendance à proliférer sous nos latitudes. Surnommée "
mousse cactus", elle s’adapte à tous les types de terrain : sol forestier,
dunes ou même toits.
La mousse cactus. Frédéric Tournay / Biosphoto
Tetraplodon angustatus, uniquement sur des crottes de renard
Certaines espèces ont développé un lien… avec les excréments :
bouse de vache, crottin de cheval… Les touffes de
Tetraplodon angustatus colonisent, elles, les crottes de
renard. À maturité, elles diffusent des
odeurs de charogne pour attirer les
mouches, qui disperseront leurs spores.
Tetraplodon angustatus. Des_Callaghan/Wikimedia Commons
La Radula, plus efficace que le chanvre
Les mousses du genre
Radula intéressent particulièrement les chercheurs. Elles contiennent en effet une substance nommée "perrottétinène" dont les
propriétés anti-inflammatoires s’apparentent à celles du
cannabis – avec
moins d’effets psychoactifs. Ces variétés recèlent également de la radulanine A, une molécule aux
facultés herbicides qui pourrait, à terme, remplacer des produits comme le
glyphosate.
La Radula. BLICKWINKEL/ALAMY/PHOTO12
La plagiothécie ondulée, une mousse tout terrain
apprécie les sols humides et les forêts montagnardes de pins, auxquels elle ressemble. Mais, comme beaucoup de ses congénères, elle parvient à s’adapter à des milieux autrement hostiles. On en trouve même en
Antarctique !
La plagiothécie ondulée. Georges Lopez / Biosphoto